Épigénétique, vivre mieux en meilleur santé.

Suite à la découverte de l’ADN et les débuts de l’étude des différents génomes composant tout être vivant de notre planète, l’égo de l’homo sapiens sapiens a été heurté par un fait impensable. L’homme jugé comme étant au sommet du règne animal; l’être, considéré jusque-là, comme la forme vivante la plus aboutit sur notre planète n’est pas celui qui comporte le plus de gènes. La taille du génome humain est 5 fois moins importante que celle du blé, 10 fois moins que celle du nénuphar et 200 fois moins grande que celle d’une amibe.

Alors quoi ? L’homme est 5 fois moins complexe qu’un épi de blé et 200 fois moins qu’une amibe? Cette absence de corrélation entre « la complexité apparente » des êtres vivants et la taille de leur génome a été désignée par l’expression « paradoxe de la valeur C ». Soit l’amibe est 200 fois plus complexe que nous, soit une partie de son génome ne sert pas au développement ou codage de l’individu.

Concernant notre génome, seulement 2 à 3% sert au codage de nos cellules, attribuant ainsi un rôle à chaque cellule de notre corps. Seulement 2 à 3% sert donc à donner la morphologie que nous possédons et nous différencier de notre voisin ou de tout autre être vivant. A ce paradoxe, les généticiens de l’époque répondent par une catégorisation de l’ADN. Au début des années 1970 Susumu Ohmo, généticien américain d’origine japonaise, propose le terme de « junk DNA » ou « ADN poubelle » pour qualifier l’ADN non codante ou n’ayant pas de fonction biologique identifiée. Cet ADN serait une relique des temps passés, des erreurs ou duplication remontant au début de l’évolution et donc inutile…

La nature n’est pas connue pour créer des choses sans raison, tout élément de notre biotope à sa place et son rôle à jouer. Chaque chose est en équilibre parfait et si nous constatons un dérèglement c’est en fait que la nature cherche à rétablir un équilibre.

Dans le cadre du projet ENCODE lancé en 2003, regroupant 442 scientifiques du monde entier afin de réaliser une gigantesque encyclopédie de l’ADN des découvertes ont rapidement vu le jour. La grande majorité de l’ADN non codant (ou « ADN poubelle ») « serait en fait une vaste table de contrôle avec des millions d’interrupteurs régulant l’activité de nos gènes. Sans ces interrupteurs les gènes ne fonctionneraient pas et des mutations dans ces régions pourraient induire des maladies« , souligne un résumé de ces travaux.

En parallèle au milieu du XXème siècle se développe l’épigénétique moderne, science cherchant à analyser et expliquer la transmission de caractères acquis en d’autres termes l’étude des influences environnementales modifiant l’expression du code génétique et des mécanismes en cause. « C’est un concept qui dément en partie la « fatalité » des gènes[1] ». Avec les recherches  modernes, entre autre du projet ENCODE, l’épigénétique connait dans les années 2000 un nouvel essor. De nombreuses expérimentations sont conduites et prouvent qu’un trauma vécu par un individu semble avoir des répercussions sur le comportement et la morphologie de ses descendants. Au-delà de notre expérience vécue, il semblerait que nos gènes et donc nos cellules ont une mémoire. Ainsi nous porterions en nous certains chocs émotionnels de nos ancêtres et ces derniers influenceraient notre comportement et nos ainsi que notre résistance ou prédisposition à certaines maladies.


[1] Michel Morange, professeur de biologie à l’ENS


Schéma illustrant un mécanisme épigénétique (méthylation de l’ADN). Source wikipedia

L’épigénétique comme précisé plus haut, s’éloigne de toute fatalité. Si nous sommes héritier des gênes de nos parents et donc d’une partie de leurs comportements, il est possible pour nous de les changer et ainsi de nous en libérer. Ces comportements sont inconscients et donc automatique, il nous appartient à nous de les observer, les identifier et les comprendre ainsi pourront nous alors par répétition changer les programmations ou engrammes de notre inconscient. Ce qu’il y a de vraiment intéressant c’est qu’au-delà de s’écarter de certains risques, l’épigénétique nous explique quand changeant nous rendons de nouveau, une partie méconnue de notre ADN, accessible (comme l’explique le schéma ci-dessus). Se faisant nous acquérons de nouvelles capacités en dormance jusque-là dans nos gènes nous permettant ainsi certainement de vivre mieux en meilleurs santé et plus longtemps.

Sources :

http://www.inserm.fr/thematiques/genetique-genomique-et-bioinformatique/dossiers-d-information/epigenetique

https://www.brucelipton.com/resource/other-languages/la-survie-du-plus-g%C3%A9n%C3%A9reux-nos-cellules-nous-font-la-le%C3%A7on%E2%80%A6

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-loge-de-l-adn-poubelle-32173.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pig%C3%A9n%C3%A9tique